Le Check-up : grands joueurs ou grand n'importe quoi ?

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Quand Patrik Antonius tente de bluffer Sam Farha, ça fait des dégâts… LeVietF0u analyse pour vous l'une de ses mains préférées.

FBK Antonius Farha
Ah, la belle époque d'High Stakes Poker… L'histoire du show TV le plus mythique du poker télévisé, période 2006-2011, regorge de mains légendaires, dont la plus célèbre a déjà été analysée dans cette rubrique. Pour ce second extrait, on a choisi de se pencher sur la saison 4 du programme, diffusée à partir d'août 2007, et à n'en pas douter l'une des meilleures. De part son casting tout d'abord, puisqu'on y retrouve la crème de la crème de l'époque :  Patrik Antonius, Sam Farha, David Benyamine, Daniel Negreanu, Barry Greenstein, Antonio Esfandiari et Doyle Brunson, accompagnés de la baleine Guy Laliberté. Mais aussi grâce à quelques empoignades de haute volée...

La main que nous allons décrypter oppose Patrik et Sam, deux des fers de lance de l'émission. Si elle ne fait pas partie des plus connues, elle n’en contient pas moins tous les ingrédients d’une joute spectaculaire, entre jeu loose, bluff kamikaze, grosses sacoches, coup de chance et énorme pot pour conclure. Et faire le spectacle, c'est la spécialité de Pierre Calamusa, aka LeVietF0u. En plus, le trentenaire, qui comme beaucoup de passionnés a été biberonné au poker de l'ère post-Moneymaker (qui avait justement gagné le Main Event des WSOP 2003 après un heads-up contre... Sam Farha), nous a confié que cette main était l’une de ses favorites. On tient donc le pro Winamax le mieux placé pour la déchiffrer dans cette nouvelle édition du Check-up !

La partie se joue avec trois blindes obligatoires fixées à 300 $/600 $/1 200 $ (une configuration spéciale mise en place pour cette table high-stakes), et tous les joueurs disposent de tapis à six chiffres : le droit d'entrée était fixé à 500 000 $ minimum ! De quoi provoquer des accidents sanglants...

Table Antonius Farha

PRÉFLOP :

Premier de parole, Barry Greenstein ouvre les hostilités avec une relance à 4 000 $, muni de AJ. Le toujours très loose Sammy Farha, pas réputé pour ses folds préflop, paye au Cut-off avec K6. Après le fold de David Benyamine au bouton, Patrik Antonius prend le spot de squeeze en surrelançant à 18 000 $ avec 97 depuis la Small Blind. Guy Laliberté abandonne sa BB, et Negreanu fait de même avec ses 1 200 $ de la troisième blinde. Puis Greenstein passe sa main, la meilleure à ce stade, et seul ce bon Sammy décide de s’aligner pour aller voir le flop.

L’analyse de Pierre Calamusa : Le premier call de Sammy est trop loose, surtout face à la range d'ouverture de Barry Greenstein, qui est connu pour être un joueur tight. Hors de position, Patrik Antonius décide donc de squeeze avec son 7-9 de trèfle. J'aime bien son play car nous somme dans une game où il ne se fera pas souvent 4-bet, et il a besoin de mains comme celle-ci dans sa range de valorisation pour équilibrer son jeu avec ses éventuels "monstres". Puis Barry fold avec son As-Valet, car il pense que Patrik est tight et aussi parce qu'il est pris en sandwich contre deux joueurs s'il paye. Et ce n'est pas avec sa main que tu auras envie de mettre beaucoup d'argent dans le pot si tu floppes top pair, sans oublier que tu devras faire face à des cotes implicites inversées. Sammy, lui, snap call. Bien évidemment, c'est un call trop loose mais c'est dans la lignée du profil du joueur : un gambleur.

FLOP : AKJ

CalamusaBarry Greenstein peut s’arracher ce qui lui reste de cheveux… Trois cartes noires, mais pas les bonnes pour Antonius, qui n’a pas mieux qu'une Hauteur 9. Pas grave, il représente une grosse main et place un continuation-bet à 30 000 $. Pas du genre à lâcher prise aussi facilement - hé, il a tout de même touché la seconde paire, malgré ses deux cartes rouges -, Sammy suit une nouvelle fois.

L’analyse de Pierre Calamusa : Antonius envoie un bon parpaing et son play n'est pas bon selon moi. Hors de position, et avec des stacks très deep, on a plutôt tendance à vouloir checker très souvent. Il vaut mieux checker pour aviser ensuite, car y a beaucoup d'argent derrière, et surtout ce flop touche énormement la range de Sammy : elle est ici composée de couleurs - car il va jouer presque toutes les cartes suitées -, pas mal de A-X, des mains comme K-Q ou Q-10, avec ou sans pique. À la place de Patrik, si on check, on aura toujours la possibilité de pourquoi pas voler le coup au turn ou à la river. Si jamais on veut miser, on voudra faire un très petit sizing, genre 1/3 ou 1/4 du pot, pour pouvoir attraper des mains comme une paire de 7 sans pique. Bref, c'est vraiment mal joué. Ensuite, Sammy snap call une nouvelle fois. Pas grand-chose à signaler si ce n'est que j'aurais personnellement foldé le flop à sa place : tu n'as que très peu de possibilités d'améliorer contre la range de value d'Antonius. On est drawing dead contre une bonne partie de ses mains, comme As-Roi par exemple. Normalement, soit on est très loin derrière, soit on est un peu devant, et encore.

TURN : AKJ 6

Une carte anodine en apparence, mais qui offre une double paire à Sam ! Patrik, qui a visiblement décidé de s’embarquer dans un gros bluff, envoie une nouvelle banderille à 85 000 $. L'homme à la cigarette hésite un instant, et paye pour aller voir la river. 

L'analyse de Pierre Calamusa : Patrik mise une nouvelle fois, et c'est incompréhensible tant Sammy est connu pour être une énorme calling-station. Il ne va pratiquement folder aucune main sur ce second barrel. Ce devrait être un abandon total : Patrik n'a aucune équité, il bloque des mains qu'il pourrait potentiellement faire folder, comme 77 ou 99 avec un pique, et il ne bloque aucune main forte chez Sammy. Pour ce dernier, ce 6 améliore sa main : il n'est donc pas question pour lui de folder maintenant ! Mais en tout cas, il ne peut pas relancer, car ses deux paires sont un simple bluff-catcher.

RIVER : AKJ 6 5

FahraBon, Antonius n’a rien de rien, définitivement. Assez rapidement, ce qui ne lui ressemble guère, le Finlandais place donc le 3-barrels qui tue pour gagner ce coup : ce sera 150 000 $ Monsieur Farha, dans un pot qui en fait déjà 272 600 $. Sammy compte ses piles de jetons... et les pousse au milieu. « You got it », termine Antonius, déconcerté lorsque son adversaire retourne ses cartes. Sam remporte ainsi un pot de 572 600 $, l’un des plus gros de l’histoire d'High Stakes Poker. Oui, quand Sammy Farha a décidé de gamble, mieux vaut ne pas se mettre en travers de son chemin !

L’analyse de Pierre Calamusa : La river est une belle brique, sur laquelle Antonius envoie un nouveau parpaing. C'est une très mauvaise line selon moi. C'est un snap check chez Antonius, il a très peu de fold equity, il va se faire payer par tous les A-X s'il mise. Encore une fois, Sammy est réputé pour sa propension à payer très souvent, et je doute même qu'il passe une main comme KQo par exemple dans cette situation. Alors avec deux paires... Sammy call sans réfléchir : bon normalement, on n'est pas content de payer ici, mais que veux-tu que je te dise, c'est un fish...

Les notes de Pierre Calamusa :

Sam Fahra : 3/10

C'est pas ouf

Sammy est fidèle à lui-même, il a joué cette main comme le vrai degen qu'il est. Préflop et au flop, nous sommes bien sur un spew, compensé par son action turn et river, pour lesquelles je mettrai comme verdict "Pourquoi pas". Du coup, on va dire "Pas ouf" pour l'ensemble de son œuvre.

Patrik Antonius : 2/10

Spew

En revanche, à part l'action préflop pour laquelle je dirai "Pourquoi pas", c'est un spew durant tout le reste de la main pour Patrik. En faisant cet énorme bluff, il a cherché à faire sa publicité et soigner son image : en effet, il était souvent critiqué à cette époque pour son jeu trop conventionnel et solide. 

Antonius"Pour le spectacle, je leur mets 10/10 ! C'est une main typique de l'émission High Stakes Poker, qui ne pouvait être jouée que dans le cadre d'une émission télévisée où les joueurs sont là pour faire le show", conclut Pierre. Et cela se confirmera plus tard dans la partie : après cet échauffement à la dure, Antonius et Farha disputeront ce qui sera à ce moment le plus pot de l’histoire de HSP, un coin flip à 1 million de dollars, avec encore une fois des mains assez improbables au showdown. Cette fois, Patrik s’en sortira bien mieux, puisqu’il s'adjugera les trois quarts du pot. En tout cas, les deux joueurs resteront comme des figures majeures du show, qui pour rappel est rené de ses cendres en 2020. Le Finlandais, qui s'était remis aux tournois live avant le COVID, y fera d'ailleurs son grand retour pour la neuvième saison, bientôt diffusée sur PokerGO, tandis que l'Américain n'est réapparu que récemment sous le feu des projecteurs, lors des dernières WSOP puis lors d'une altercation dans un club de jeux texan. En tout cas, il y a de nouvelles mains qui valent déjà le détour dans ce High Stakes Poker 2.0... On vous garde ça pour plus tard !

Et vous, auriez-vous tenté ce bluff comme Patrik Antonius ? Réagissez sur nos réseaux !

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