[Blog] Un été chaud et froid
Par dans Tournois Live
Avant des WSOP record cette année, c'était le SISMIX qui avait plus que rempli son contrat : un record d'affluence sur un tournoi 6-max en live, une ambiance unique, et pour ma part une très bonne semaine qui venait confirmer un excellent mois en préparation des Championnats du Monde. Chaque année, je sais que je pars vivre des nouvelles aventures à Las Vegas, mais je ne sais pas encore la dimension qu'elles vont prendre. Et 2024... C'était une belle année. Je vous raconte ici mes meilleurs et pires moments durant ce gros mois passé dans le désert du Nevada.
Un des meilleurs moments est assez évident : les premiers instants passés dans notre villa. Mes amis sont là depuis quelques jours, et Max [Parys] m'accueille après un long périple. Ça y est, j'y suis ! Avec mes meilleurs potes, dans la plus belle baraque où j'ai logé lors de mes nombreux séjours à Vegas, et avec tout l'enthousiasme possible et la volonté de bien faire durant ce séjour. Tout le monde est au top, les voyants sont au vert pour passer un bel été : je le sens dès cette première journée. Les gars rentrent de leur tournoi du jour, et on débriefe sur quelques mains pendant une petite heure avant d'aller se coucher. Le doux rythme de l'été est lancé. Le lendemain, je joue le 3 000 $ 6-max : l'aventure peut commencer.
Mon highlight de l'été arrive dans les prochains jours. Après une 100ᵉ place sur ce premier tournoi, je vais débuter mon plus beau run de l'été sur le 2 500 $ full ring. À peine arrivé, et me voilà chipleader à 39 joueurs restants avec une montagne de jetons. Puis, on se retrouve à la main juste avant le dinner break du Day 2. Je viens de 4-bet le joueur loufoque à ma gauche avec qui je joue depuis le Day 1. Pour résumer : je relance à 50 000 en début de parole avec les Rois, il me surrelance à 150 000, je 4-bet 440 000 et il répond par un snapcall. OK. Il y a déjà quasiment la moyenne du tournoi au milieu.... Sur un board Dame-5-2, je commence par un petit c-bet, et je fais un gros deuxième barrel sur un 8 au turn. Et là, j'entends all-in ! Je me demande s'il peut vraiment avoir une meilleure main... Pas trop d'hésitation, j'accepte la situation, je pose un jeton pour payer, je demande à voir ses cartes et il me retourne 5-6 suité. Wow. Le pot fait 4 millions de jetons sur les blindes à 25 000. On était déjà tous les deux dans le top 5 au chipcount, maintenant je m'envole au classement en compagnie de mon ami et l'un de mes colocs pour l'été : Arnaud [Enselme]. Le sentiment est unique.Téléportons-nous quelques heures plus tard : nous ne sommes plus que treize au Day 3. J'apprécie tous les soirs entre potes quand on bust d'un tournoi : c'est la norme. Mais quand on fait partie des derniers joueurs en course, ces soirées prennent une tout autre saveur. Un mélange d'excitation, de professionnalisme et de kiff'. L'excitation partagée par la projection. On peut se projeter si on sait être professionnel aux tables et en dehors. Durant quelques instants, je me laisse emporter par l'imagination, par le rêve d'un nouveau bracelet et de nouveaux souvenirs indélébiles. C'est un moment de joie et ça fait partie du chemin sur ces longs tournois. C'est cool de rêver un moment mais on revient rapidement au jeu, à la situation dans laquelle on se trouve. On parle stratégie, ICM, tells. Notre passion commune s'illumine dans ces moments que j'adore. Tout ça, c'est beaucoup de plaisir pour moi.
S'ensuit mon unique table finale de l'été, donc mon meilleur souvenir. Tous mes amis sont là, les chants résonnent partout dans la salle du Horseshoe et l'objectif d'aller chercher ce bracelet est plus que tangible. Mon cœur bat fort, j'ai une énorme décision préflop à cinq joueurs restants. Je paie pour mon tapis avec As-Dame dépareillés contre une paire de 6 chez le chipleader. C'est simple : soit je passe gros CL avec deux fois plus de jetons que lui, soit je suis éliminé en cinquième position.Malheureusement, ce sera aussi mon pire souvenir de l'été... Un flip high variance que j'ai cru gagner un instant, en voyant l'apparition d'une Dame, mais non. J'imaginais mes amis célébrer, j'imaginais une fin bien différente. La descente est rude. La tristesse s'empare de moi. Je dois me consoler rapidement avec un très bon score pour ma première semaine. Mon été est bel et bien lancé.
On avance rapidement à la fin de l'été, car mon milieu de WSOP n'était pas des plus réussis : beaucoup de tournois, pas de places payées alors que j'enchaîne les tournois live et online en me focalisant sur les Championnats du Monde. Nous voici au Day 4 du Main Event, après le dinner-break. Je suis relativement nouveau à ma table mais elle a l'air assez sérieuse. Bon, ça reste le Main Event, et cela reste une belle table pour un tournoi avec un tel enjeu. Je m'en vais faire un petit tour histoire de m'étirer et marcher un peu, car il reste 3h30 dans la journée, je commence généralement à ressentir un peu de fatigue à ce moment-là si j'ai mangé une heure avant.
Je retourne à table, je fold une main et là... mister Phil Ivey se pose à ma droite ! Énorme ! Mon idole du poker d'adolescent, que je n'ai jamais croisé à une table en près de dix ans sur le circuit ! Et là, ça se passe au Day 4 du Main Event. Gros kiff'... Mieux : nous jouons tout de suite une main ensemble. Je relance en position UTG muni de As-Valet dépareillés avec 30 BB effectives, alors qu'il est de BB. Il me regarde avec sa tête digne des épisodes de Poker After Dark, et là il me 3-bet à 8 blindes ! Wow. Au lieu de snap-fold, comme d'habitude, je prends quelques secondes pour réfléchir. Je fais mine de le scruter, mais en vrai, je me fais juste kiffer... J'ai souri à l'adolescent en moi.
Restons sur ce Main Event pour un dernier terrible souvenir. Sauter de ce tournoi n'est jamais réjouissant, mais penser être bien devant lors d'une main et n'avoir en réalité que 8% d'équité, c'est une toute nouvelle sensation pour moi ! La main en question ? Un joueur assez sérieux relance UTG, je paie UTG+2 avec deux Dames et nous ne sommes que deux à voir un flop : ce sera 2-3-4 sans tirage couleur. Top pour moi. Il c-bet petit, pour le même montant que sa relance preflop. Je m'acquitte de la somme. Le turn est une doublette du 4. Bon, le seul brelan que je pensais qu'il relancerait peut-être vient de se transformer en un combo de carré. Parfait. Là, il mise très gros : la moitié de mon stack soit quasiment la taille du pot ! Je me sens hyper confiant et je pousse ma grosse vingtaine de blindes au milieu. Il paie instantanément avec As-5 offsuit. Quinte.Coup de massue. Je joue deux Dames et deux 4. Ils ne tombent pas, je suis éliminé. L'été se termine bientôt et le rêve de gagner le Main Event devra attendre un an de plus.
Cependant je suis vraiment content. J'étais arrivé à Vegas avec trois objectifs majeurs. Je les ai tous cochés. Un bel été dans le vert durant lequel les bons souvenirs ont largement pris le pas sur les mauvais. Comme d'habitude. J'adore cette ville. See you next year Las Vegas!








